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Du Grand Large à la Grande Bleue

La Chambourlette et son skipper, Alain Moiny.
n.c.
Vendredi 13 mars 2009
ENTRETIEN avec
Alain Moiny De Mons Le travailleur social est devenu navigateur À PROPOS DE son changement de vie Un jour, Alain Moiny n’en a plus pu de son boulot. Il a largué le social pour la voile. Sans larguer tout à fait les amarres: il aime bien revenir à Mons, et son bateau s’appelle La Chambourlette... Alain et sa Chambourlette passent la moitié de l’année en Méditerranée. Autant de temps qu’ils le peuvent, en fait, autant que le permet le nombre de leurs clients. Des enfants du juge et des sans-abri à la navigation de plaisance, du Grand Large à la rade de Toulon, drôle de croisière!
Alain Moiny, nous nous rencontrons à Mons, la Chambourlette vous attend à Toulon... Quand partez-vous la rejoindre?
Je repars à la fin du mois. Je navigue environ six mois par an, depuis 2000.
Pourquoi 2000, c’est l’année où vous avez gagné au lotto?
Non, c’est l’année où j’ai décidé de prendre une pause-carrière. Comme j’avais très envie de faire du bateau mais pas d’argent pour en acheter un et pour l’entretenir, je me suis dit: je vais prendre des équipiers payants, des passagers qui participent aux frais. C’est ce que je faisais moi-même, avant d’être le skipper de mon propre bateau: pendant les vacances, je partais comme équipier. C’est très courant dans le milieu de la voile. Ce n’est pas vraiment rentable mais ce n’est pas le but. Je ne veux pas gagner d’argent, c’est juste que je ne peux pas me permettre d’en perdre!
Ça coûte cher, un bateau comme le vôtre?
En fait, j’en suis à mon deuxième bateau (en ayant revendu le premier, bien sûr). Je les ai tous les deux achetés d’occasion. Neuf, un voilier de dix mètres quatre-vingts comme celui que j’ai maintenant coûterait environ 140.000€. En plus, les frais sont très élevés: port, entretien.
Donc, à moins d’être riche...
Voilà.
Mais ce qui m’intrigue, c’est le passage du travail social à l’organisation de croisières... Quel a été votre parcours professionnel?
J’ai travaillé pendant une douzaine d’années à Mons pour l’entreprise de formation qui dépendait des Gentianes...
Le home pour enfants du juge?
C’est ça, mais moi je ne travaillais pas au home mais pour l’entreprise. On faisait surtout de la brocante. Ensuite, j’ai dirigé pendant dix ans la maison d’accueil pour sans-abri de La Source, à Bruxelles.
Pourquoi avoir laissé tomber?
C’était un travail intéressant, mais dur. Dans ce domaine -la réinsertion de sans-abri- pour un succès, il y a beaucoup d’échecs. Des remerciements, on n’en a pas souvent. D’autre part, il y a les collègues, la gestion de l’équipe, les longues discussions...
Tandis que sur la Chambourlette, vous êtes le seul maître à bord?
Je n’y avais pas pensé, mais c’est un peu ça!
Tout de même, le contraste est violent entre les enfants du juge et les sans-abri d’une part, et de l’autre la voile. Un monde qui évoque l’insouciance, le luxe, voire le snobisme...
Non, cela a beaucoup évolué. D’ailleurs, je ne propose pas des voyages de luxe! On voyage en général à 4, 5 ou 6 (la Chambourlette a trois cabines doubles) et tout le monde partage les tâches. Celui qui n’aime pas cuisiner se charge de la vaisselle, etc. Et chacun participe aux manœuvres comme il peut et comme il veut. Il y a parfois des malentendus. Un jour, un monsieur m’a demandé au téléphone “ si le petit-déjeuner était compris ”! Je lui ai expliqué que ce n’était pas un hôtel...
Vous naviguez toujours en Méditerranée. Les croisières lointaines ne vous intéressent pas?
Pour moi, les moments les plus intéressants d’une croisière, ce sont: quand on part et quand on arrive! Moyennant quelques aménagements, la Chambourlette pourrait traverser l’Atlantique mais dans ce genre de traversée, vous partez et vous arrivez quinze jours plus tard.
Les longues traversées en solitaire, ce n’est pas votre truc?
Non, pour moi la navigation est avant tout une manière de voyager, ce qui suppose d’aller quelque part, et non pas d’être tout le temps en mer. Il y a un dicton humoristique: la voile est le moyen le plus cher, le plus inconfortable et le plus lent d’aller d’un endroit où l’on n’a rien à faire à un autre endroit où l’on n’a rien à faire! Où avez-vous appris à naviguer?
Au Grand Large, tout simplement! J’ai fait du dériveur dans ma jeunesse.
La passion de toute une vie, alors?
On ne peut pas vraiment dire ça. J’ai abandonné pendant une dizaine d’années. Et puis un jour, j’ai entendu une annonce sur France-Inter pour “ la bourse des équipiers ” (des propriétaires de bateau qui cherchent des équipiers). J’ai téléphoné, j’ai embarqué. C’était reparti. Jusqu’à ce que j’en vienne à avoir envie de quitter mon boulot.
Votre prochain voyage?
Je pars d’avril à septembre. Je pars de Toulon, je longe la côte d’Azur, la côte ligurienne vers Rome, puis je remonte vers l’île d’Elbe, la Corse, la Sardaigne et retour vers Toulon.
Combien de passagers?
En général une quarantaine par an (enfin, pour cinq mois de mer). La plupart viennent une semaine ou deux, je les embarque en différents points.
Vous proposez aussi des croisières naturistes, je crois. Le naturisme, une autre de vos passions?
Oh non, je ne suis pas un pur et dur. Il ne me viendrait jamais à l’idée d’aller passer mes vacances dans un camp naturiste. Pour moi ce n’est pas une philosophie ni même une occupation, seulement un plaisir. Si ça arrange tout le monde à bord, très bien, mais seulement à cette condition.
>A NOTER: site internet: www.chambourlette.be.
La Chambourlette et son skipper, Alain Moiny.