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De l’importance du sexe des anges

<P><LEGENDE>Le conseil communal de lundi sera-t-il aussi animé? </LEGENDE><CREDIT> dg</CREDIT> </P>

Le conseil communal de lundi sera-t-il aussi animé? dg

n.c.

l’analyse politique

Lundi, donc, les 51 conseillers communaux de Charleroi se prononceront sur l’interdiction du port, par les élèves de l’enseignement communal carolorégien, de signes d’appartenance religieuse, philosophique ou politique. Cet euphémisme cache une cible, dont la valeur symbolique est inversement proportionnelle à l’importance numérique: le voile musulman, porté par une dizaine d’adolescentes sur les 1.800 qui fréquentent les écoles secondaires municipales. Il fera chaud, lundi soir, dans la vieille et belle salle du conseil de l’Hôtel de Ville, devant les caméras des JT, et sous le regard sombre d’une frange de la communauté musulmane qui ne manquera pas, légitimement, de se sentir visée par la mesure. On entend déjà les cris outrés, dans le public. Et, entre les bancs, les échanges d’arguments, où la lâcheté le disputera à la démagogie, et l’hypocrisie au pathétique. Où les uns critiqueront l’inconstance des autres, et où les autres tanceront l’intolérance des uns. Bref, encore un de ces débats qui révèlent toute l’envergure, toute la grandeur d’esprit, de notre personnel politique. Et en plus, bon sang, la vénérable salle n’est pas équipée de l’air conditionné... C’est beaucoup, pour une étoffe sacrée par la superstition. Trop.

D’autant que c’est à une fredaine que Charleroi doit, une fois encore, d’attirer à elle toute l’attention médiatique: une langue qui fourche en conseil communal. Souvenons-nous en: au conseil de novembre, alors qu’il est question du cas de Nuran Topal, cette prof de La Garenne qui enseignait voilée, l’échevine Latifa Gahouchi laisse involontairement glisser son propos vers le cas des élèves. Matois, Olivier Chastel avait habilement préparé le coup. Il embraye. “ Puisque l’échevine en parle, eh bien, nous proposerons que l’on interdise les signes religieux dans nos écoles dès le prochain conseil! ”, tonna-t-il. Sept mois plus tard, les travaux - dilatoires- d’une commission spéciale prennent fin, et mettent la question du voile à l’ordre du jour. Tout profit pour le MR, notez bien, et quelle que soit l’issue du vote de lundi. Il passera pour l’ultime rempart de la laïcité carolorégienne, que l’on proscrive le voile ou pas, et aura beau jeu de dénoncer les hésitations socialistes, puisque le groupe PS ne votera pas en bloc. Des réformateurs vétilleux pourraient même rappeler qu’à la Province, l’an dernier, le groupe socialiste avait, sans broncher, adopté une semblable disposition pour l’enseignement provincial. Peut-être la question était-elle, à l’époque, moins brûlante. Et sans doute le conseil provincial hennuyer bénéficie-t-il (ou

souffre-t-il) d’une moindre exposition médiatique...

La chose ne serait qu’anecdotique, voire amusante, si, à l’heure même où l’on glosera à coups d’idées reçues sur le caractère licite du voile dans les salles de classe, Charleroi n’était immergée dans un fangeux marasme. Ses finances -doit-on encore le rappeler?-, l’éloignent chaque jour de l’opulence. Et sa capacité d’action décroît sans cesse, alors même qu’elle n’a jamais été plus nécessaire qu’aujourd’hui. Pourtant, la Ville s’octroie le luxe d’une grand-messe (limite satanique) sur le voile musulman. Certes, cela donne de l’ouvrage aux journalistes estivaux. Certes, cela pique le cœur et l’esprit de certains citoyens. Mais le hijab vaut-il vraiment un conseil communal? N’est-ce pas là, plutôt que le résultat d’une énième maladresse tactique couplée à une énième manœuvre stratégique, un tapageur aveu d’impuissance? Cela laisse en tout cas à penser que, plutôt que de tendre à changer les pesantes réalités sociales d’ici-bas, certains préfèrent s’écharper sur le sexe des anges.

Le conseil communal de lundi sera-t-il aussi animé? dg

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